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Habiter en soi même


Nous passons, sans nous en rendre compte, une grande partie de notre temps ailleurs que là où nous sommes.

Vous ouvrez un livre et vous commencez à lire. Vingt minutes plus tard, vous réalisez que vous n'avez plus remarqué la chaise sous vous, vos pieds posés sur le sol, le poids de votre nuque ou les sons qui venaient de l'extérieur. Pendant un moment, vous étiez complètement plongé·e dans un autre monde.


Il en va de même lorsque nous conduisons sur un trajet familier, regardons un film, faisons défiler notre téléphone ou pensons à demain pendant que quelqu'un nous parle. Nous sommes présents, tout en étant ailleurs.


C'est une capacité profondément humaine. Nous passons constamment d'une immersion dans le monde qui nous entoure à un retour vers notre propre expérience. Peut-être que ce mouvement nous est plus familier que nous ne l'imaginons.


L'Arte Org aborde cette expérience à travers le concept de corporalité.

La corporalité dépasse le simple corps physique. Elle désigne notre manière d'exister corporellement dans le monde : la façon dont la perception, l'attention, le mouvement, l'imagination, les émotions et les relations façonnent continuellement notre expérience. C'est presque comme si la corporalité constituait le milieu dans lequel l'expérience se déploie, plutôt que le corps à lui seul.


Cette perspective prend tout son sens lorsque l'on considère les conditions dans lesquelles les personnes vivent. Beaucoup passent des années à répondre à des exigences qui leur laissent très peu d'espace pour se remarquer elles-mêmes. Pour les personnes immigrantes, les personnes racisées, les communautés LGBTQIAPN+, et bien d'autres vivant au croisement de multiples inégalités sociales, l'effort d'adaptation est rarement une expérience strictement individuelle. Il est façonné par des environnements qui exigent souvent des ajustements constants pour appartenir, demeurer en sécurité ou simplement être reconnu·e. Dans ce contexte, le soin de soi ne peut être dissocié des conditions sociales qui façonnent la vie quotidienne.


La corporalité ne signifie pas rester constamment centré·e sur son corps. Au fil de la journée, notre attention se dirige naturellement vers notre travail, les personnes que nous aimons, nos responsabilités, nos projets et les innombrables situations qui sollicitent notre présence. S'éloigner momentanément de son expérience corporelle immédiate fait partie de la condition humaine. La question n'est donc pas de savoir si ce mouvement existe, mais si nous sommes encore capables de nous accompagner nous-mêmes pendant que la vie continue de nous mettre en mouvement.


C'est l'une des raisons pour lesquelles le travail psychocorporel m'intéresse profondément.

Son intention n'est ni d'intensifier les émotions ni de révéler des parties cachées de nous-mêmes. Par le mouvement, la respiration et la perception, il crée des conditions favorables à la réorganisation de la corporalité. Bien souvent, les pratiques sont d'une grande simplicité : marcher sans se presser, sentir l'appui du sol sous ses pieds, laisser la respiration retrouver son rythme ou permettre au regard de se poser sur l'horizon après plusieurs heures passées devant un écran.


Rien d'extraordinaire n'a besoin de se produire. Pourtant, ces expériences ordinaires peuvent peu à peu transformer la manière dont nous nous accompagnons dans notre vie quotidienne.

Il arrive alors que nous remarquions que nous retenions notre souffle en répondant à des courriels, que nous avons travaillé tout l'après-midi sans même changer de position, ou que nous avons dit oui avant de réaliser que nous avions envie de dire non. Nous pouvons aussi observer que nos épaules se contractent chaque fois que nous avons le sentiment de devoir faire nos preuves, ou qu'il est devenu difficile de nous reposer sans ressentir de la culpabilité.


Ces moments sont des instants où la perception redevient disponible, ils ne sont pas nécessairement des problèmes à corriger.


À partir de là, quelque chose de subtil peut commencer à changer. Non pas parce que la vie devient soudainement plus facile, mais parce que notre manière d'être en relation avec elle évolue. Nous pouvons reconnaître nos limites avant d'atteindre l'épuisement, percevoir plus rapidement lorsque nous avons besoin de soutien plutôt que de continuer seul·e, ou encore vivre le repos comme une partie de la vie plutôt que comme une récompense accordée après avoir été suffisamment productif·ve.


Le travail psychocorporel nous aide à demeurer en relation avec nous-mêmes tout en continuant à vivre dans le monde. Peut-être est-ce cela, habiter pleinement sa propre expérience : non pas rester en permanence dans son corps, mais retrouver, encore et encore, le chemin vers soi, tandis que la vie continue de nous mettre en mouvement.


Écrit par Juliana Camargo


Références 

Camargo, J. (s.d.). Arte Org (documents pédagogiques non publiés).

Kim, J. B., & Schalk, S. (2021). Reclaiming the Radical Politics of Self-Care: A Crip-of-Color Critique. The South Atlantic Quarterly, 120(2), 325–344.

Lorde, A. (1988). A Burst of Light and Other Essays. Ithaca : Firebrand Books.

Tronto, J. (2009). Un monde vulnérable. Pour une politique du care. Paris : La Découverte. (Traduction française de Moral Boundaries*, 1993.)*

 
 
 

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Disponibilités en personne
Le lundi, de 16 h à 20 h

 

Durée: 60 minutes

 

Tarif: 135 $ CAD par séance

 

Langues: Français, anglais, portugais et espagnol

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